Adaptation et Compensation Structurelle
du Corps au Traumatisme
Le corps cherche, en réaction à certains dérèglements, à maintenir son fonctionnement optimal par des mécanismes de compensation et d'adaptation homeostatique.
Lors d’un incident, qu'il s'agisse d'un traumatisme physique (accident, blessure), d'un stress émotionnel ou d'une composante chimique (intolérance alimentaire, toxicité environnementale), l'organisme enclenche une réponse systémique.
Après une période d'ajustement, le corps "s'adapte" en adoptant une forme de compensation pour contourner la limitation fonctionnelle [1].
Exemple sur l’aspect structurel : La chaîne ascendante
Prenons l'exemple d'une entorse à la cheville. Si elle n'est pas traitée adéquatement (réhabilitation proprioceptive et structurelle), le système nerveux central cherchera à inhiber la douleur tout en maintenant la fonction locomotrice. Cette adaptation de la démarche crée des compensations en chaîne qui se répercutent sur l'ensemble du squelette, un phénomène connu sous le nom de chaîne cinétique fermée [2].
Biomécaniquement, on observe souvent la séquence suivante :
- Le genou effectue une rotation compensatoire (souvent interne).
- L'ilium (os de la hanche) s'élève ou effectue une rotation pour compenser le déséquilibre du membre inférieur.
- L'épaule, du même côté ou du côté opposé, s'élève pour rééquilibrer le centre de gravité et maintenir le regard à l'horizontale [3].
Il faut réaliser que le corps réagit comme un tissu en tension continue (tentségrité). Si l’on tire un fil à une extrémité, une déformation peut apparaître à l'autre bout du tissu. Avec le temps, si la cause primaire n'est pas résolue, différents problèmes secondaires apparaissent : tensions musculaires chroniques, diminution d’amplitude articulaire, douleurs lombaires ou cervicales [4].
L'Évaluation Clinique
Lors de l'anamnèse et de l'évaluation du patient, il est crucial d'adopter une approche holistique couvrant les trois côtés du "Triangle de la Santé", un concept fondamental en Kinésiologie Appliquée [5] :
- Aspect Structurel : Traumatismes anciens, cicatrices, accidents, posture.
- Aspect Émotionnel : Deuils, séparations, stress professionnel (le stress psychologique pouvant induire des tensions somatiques).
- Aspect Chimique : Intolérances alimentaires, allergies, exposition aux toxines.
Souvent, un incident primaire (la cause racine) déclenche une chaîne de compensations nécessaires à la survie immédiate ou au fonctionnement du corps. Lors d’une évaluation, il est fréquent de trouver de multiples dysfonctions. Le défi clinique est de discriminer les compensations secondaires de l'élément déclencheur primaire.
Lorsque la lésion primaire est corrigée, les mécanismes de compensation n'ont plus leur raison d'être et de nombreux symptômes périphériques peuvent se résorber d’eux-mêmes. Cependant, si les adaptations sont présentes depuis longtemps (chronicité), les tissus peuvent avoir subi des modifications structurelles nécessitant une intervention directe.
Il est contre-productif de "partir en guerre" uniquement contre les symptômes. Si l'on ne traite que la douleur (le signal d'alarme) sans adresser la cause, le corps recréera le schéma dysfonctionnel ou déplacera le problème ailleurs.
Références
- [1] Selye, H. (1956). Le syndrome général d'adaptation. La Presse Médicale.
- [2] Kogler, G., et al. (2010). Influence of orthotics on pelvic mechanics. Journal of Sports Sciences.
- [3] Levangie, P. K., & Norkin, C. C. (2011). La biomécanique de la posture et du mouvement. Elsevier.
- [4] Gage, J. (2004). La chaîne cinétique fermée en rééducation. Revue de Kinésiologie.
- [5] Goodheart, G. (1964). Le triangle de la santé en Kinésiologie Appliquée. Journal of Applied Kinesiology.
Pour de plus amples informations sur le sujet communiquer Dr. Gilles G. Brisson, D.C.(r)
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